Bonjour l’an 3000 !…
L'an 2000, tout le monde nous en parle. Une multitude de prédictions sature nos espérances. Que cela ne nous empêche pas de rêver... de l'an 3000, d'une civilisation éclairée par la femme solaire et d'une société basée sur le talent de chacun au service de la défense de la planète.
Stop à la désertification
L'agriculture et l'industrie, les pâturages et les déboisements sauvages contribuent à la désertification et à la perturbation du climat. Les nuages passent sans s'arrêter au-dessus des zones où la végétation s'est trop réduite, les perturbations dues à la déforestation s'étendent ; de locales, elles deviennent continentales puis planétaires.
Les cris d'alarme n'ont pas manqué. Le premier fut poussé par Rachel Carson, en 1962, dans Silent Spring (Printemps silencieux), coup d'envoi du mouvement de défense de l'environnement. Dix ans plus tard, Charlie Hebdo aussi donna l'alerte en lançant La gueule ouverte, le premier magazine écolo d'une certaine audience... mais sans grand impact devant la puissance des lobbies industriels et institutionnels. Puis, on entendit, ou plutôt on n'entendit pas, le cri du philosophe allemand antinazi, Hans Jonas, qui, en 1979, publie Le Principe Responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique. Un essai où Jonas pose les jalons d'une futurologie à comprendre comme une éthique qui se soucie de l'avenir et entend le protéger pour nos descendants des conséquences de notre action présente. Sa démarche vise à repenser à neuf l'idée de la responsabilité de tous vis-à-vis de la nature tout entière. Qu'il ait fallu attendre 1992 pour que ce texte majeur soit traduit en français, en dit long sur l'insouciance ambiante. Même les médias ne commenceront à ouvrir largement leurs colonnes et leurs antennes aux problèmes suscités par l'intervention humaine sur l'environnement que vers la fin des années 80. Médecines douces, nourriture biologique et tourisme écologique trouveront alors un écho favorable dans la presse.
En 1996, celle-ci accordera également une large diffusion au meurtre crapuleux de Toshimo Katah, un Brésilien d'origine japonaise, prix Nobel d'éthologie — la biologie du comportement humain, animal et végétal. Alors qu'il termine le tournage d'une série d'émissions relatant la destruction de la nature dans toute l'Amérique latine, Katah est tué et livré aux crocodiles par ordre des éleveurs de zébus, fournisseurs des producteurs de hamburgers américains. Son cameraman réussit à filmer l'assassinat et à se sauver. Ses images font le tour du monde et les scientifiques, traditionnellement du côté de l'industrie, sortent de leur réserve.
Conscience planétaire
“Nous n'hériterons pas la terre de nos parents,
nous l'emprunterons à nos enfants.”
— Proverbe africain
Les mouvements d'opinion en faveur d'un plus grand respect de la nature se multiplient. Les partis écologistes élargissent leur audience. Présents dans l'hémicycle parlementaire puis aux commandes de l'État, ils forcent le respect par leur efficacité. La plupart des partis politiques présentent un volet environnement à leur programme. L'appel de Hans Jonas trouve enfin un écho. Une conscience planétaire émerge. Des conventions internationales sont signées, même si les intérêts particuliers des États restent privilégiés. Une avancée spectaculaire dans la prise en compte par le gouvernement des problèmes liés à l'environnement, assortie d'une attitude plus responsable de chacun dans la vie quotidienne, marque la fin de ce siècle. Efficacement relayée par la mondialisation des réseaux de communication d'Internet, l'écologie s'est taillé un territoire respecté en même temps qu'une audience d'envergure. Qu'en sera-t-il aux siècles à venir ? Qu'en sera-t-il au prochain millénaire ?
Société du Futur
Avec le nouveau visage de la famille, déjà esquissé aujourd'hui, le paysage urbain se modifie totalement au cours du prochain millénaire. Les villes, restructurées, offrent une multiplicité d'espaces verdoyants, sortes de havres de paix propices au recueillement ainsi que des lieux de poésie animés par les artistes. Grâce à Internet, le travail à domicile réduit les déplacements et rend caduque la distinction entre ville et campagne. L'ère est caractérisée par la mise en œuvre de moyens accrus favorisant un épanouissement psychologique des individus. Ceux-ci, en retour, mettent leur talent au service de la collectivité. Une telle adéquation entre son être et son faire favorise l'émergence de sociétés plus égalitaires. La nouvelle société facilite le dialogue, développe l'empathie et permet un meilleur équilibre entre le besoin d'indépendance de l'individu et son désir d'intégration au groupe. Alliant intelligence et sensibilité, intuition et analyse, rigueur et créativité, les hommes et les femmes sont mieux armés pour piloter leur vie. Ils mettent cette énergie positive au service de la vie associative. Celle-ci déploie son champ d'action en faveur des plus fragilisés et pèse d'une manière significative sur les décisions politiques. La généralisation de la communication par les réseaux d'Internet permet des consultations populaires et immédiates qui ressemblent à la démocratie directe décrite par Rousseau. Un système de vigilance aux grands problèmes de la planète comme à ceux de son quartier fonctionne efficacement. Ainsi que le signale Gaudin, Transformer la planète — et soi-même — en jardin et déployer la techno-nature jusque dans les étoiles, tel est l'enjeu du prochain millénaire. L'an 3000 voit le véritable triomphe de la société de libération. Pour la construire, il convient d'imaginer des solutions inventives aux problèmes actuels : chômage, violence urbaine, solitude de la vieillesse, solitude des esseulés, mauvaise gestion du temps libre, querelles communautaires, perturbations de l'écologie, nationalismes, guerres tribales, nuisances dues aux pollutions, jeux malsains de l'argent et du pouvoir... Cette société du 3e millénaire valorise l'éducation de la jeunesse, fondement de l'État, et organise un enseignement permanent, gratuit, accessible à tous. Chaque quartier ou chaque immeuble possède son espace éducation-loisirs avec l'équipement informatisé utile. Dans cette société qui favorise aussi bien la culture des esprits que le savoir-faire manuel, l'artiste et l'artisan sont reconnus et encouragés en chacun. La distinction entre intellectuel et manuel s'efface au profit d'un modèle intégrant cette double dimension.
La femme solaire
Pour mener cette conquête, les femmes auront renoué avec la femme sauvage enfouie en elles. Ainsi réconciliées avec toutes les faces d'elles-mêmes, elles sauront être des guides en même temps que des partenaires généreuses capables d'aider les hommes à accoucher le féminin en eux. L'intuition, l'intériorité, la complexité de leur nature, la richesse de leur sexualité seront identifiées comme autant d'atouts pour gérer et organiser l'espace social. Indépendantes économiquement et maîtresses de l'avenir de l'espèce, elles prennent tout naturellement les rênes de la cité.
La mise en œuvre de ses potentialités, la profondeur de son intériorité, l'estime de soi révèlent la femme solaire comme celle qui mène l'humanité vers la civilisation éclairée.
Entre la polyvalence des femmes, l'interdépendance des écosystèmes et la mondialisation des réseaux de communication, existe une conjonction prometteuse. Elle amène les individus à penser en termes de globalité. La prise de conscience de l'effet planétaire des activités humaines ira en s'élargissant. Une politique volontariste pour limiter l'effet de serre sera appliquée. Les pollueurs, sévèrement contrôlés et leurs nuisances, sanctionnées.
La Déclaration des Droits de la planète est élaborée, elle prévoit des autorités supranationales : sur mer pour arraisonner les pollueurs, sur terre pour le reboisement généralisé. Cette dernière tâche est confiée au KKL, compte tenu de sa longue expérience dans ce domaine. L'homme est citoyen du monde et, conscient du rapport précieux qu'il entretient avec l'univers, il vibre en harmonie avec le cosmos, défendant pour chacun, humain, animal ou végétal, le droit à l'existence et au respect. Alors, l'ère verra la victoire de la pulsion de vie sur la pulsion de mort. L'homme aura triomphé de la peur. Peur de la maladie, peur de vieillir, peur de mourir, peur de manquer, peur de ne pas être aimé, peur des catastrophes... Il prendra le temps de suspendre ses activités fébriles, d'observer, de méditer et de se ressourcer à sa propre énergie.
Énergie vivifiée, amplifiée qui nous transporte, dématérialisés au cœur des étoiles, sur une planète où, dans un désert immaculé, nous attend Le Petit Prince. Rencontre symbolique d'une poétique Rédemption offerte à tous ceux qui savent que la vraie richesse est dans l'amour.
Depuis la fin du 17e siècle, l'axe du temps s'est inversé. Au regret du passé s'est substitué la foi en l'avenir. Porteurs de ce modernisme, nous pouvons légitimement penser qu'un Gan Eden est possible et qu'y goûter les fruits de l'arbre de la connaissance ne sera pas suivi d'un châtiment mais, au contraire, source d'un merveilleux bien-être.
Alors... un an 3000 écologique associant épanouissement de l'être et sa vocation planétaire ou pas d'an 3000 du tout?
Sara Brajbart-Zajtman
Rédactrice en chef
À lire :
2100 Récit du prochain siècle – Thierry Gaudin (Payot)
La femme solaire – Paule Salomon (Albin Michel)
Femmes qui courent avec les loups – Clarissa Pinkola Estès (Grasset)
L'heure de s'enivrer – Hubert Reeves (Points Sciences)