Fini l’enseignement du mépris!
Les déclarations négationnistes de l’évêque Williamson ont soulevé, dans le monde catholique, une vague de réactions tout à fait inhabituelle à la culture de cette Église. Une opinion du Collectif Dialogue & Partage.
André BROMBART, Benoît BOURGINE, Serge PAHAUT, Sara BRAJBART, Maurice EINHORN, Christophe GOOSSENS
Les déclarations négationnistes de l’évêque Williamson ont soulevé, dans le monde catholique, une vague de réactions tout à fait inhabituelle à la culture de cette Église. Même si une certaine confusion est née de la concomitance existant entre la publication de ces propos par la télévision suédoise le 22 janvier et l’annonce de la levée de l’excommunication de quatre évêques traditionalistes, dont Mgr Williamson, ce sont avant tout les déclarations inadmissibles de celui-ci qui ont été largement condamnées.
Dès le 24 janvier, jour de l’annonce de la levée d’excommunication par le Saint-Siège, le porte-parole des évêques de Belgique publiait une réaction. D’autres, nombreuses, ont suivi, d’abord de la part d’intellectuels, de prêtres et d’évêques catholiques, notamment français et allemands. Puis, ce sont des personnalités de premier rang de l’Église catholique qui ont exprimé vigoureusement leur réprobation et leur solidarité avec la communauté juive.
Dans une interview publiée le 1er février, le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, déclarait : Ces mots suscitent l’horreur !S’adressant à la communauté juive, il ajoutait : Les propos négationnistes de Williamson, et d’autres, ne reflètent guère la position de la quasi-unanimité des catholiques et, certainement pas celle de l’Église. Ils nous font horreur. Ce qui blesse les juifs blesse aujourd’hui aussi les chrétiens. Je voudrais demander à la communauté juive de ne pas condamner l’Église catholique sur des propos extrêmement minoritaires de quelqu’un qui n’a aucun statut et aucune mission dans notre Église. Le chemin que nous avons parcouru ensemble et qui s’ouvre devant nous est trop important pour que nous nous laissions manipuler par des ultras.
Le 3 février, le cardinal Barbarin, archevêque de Lyon, estimait tout à fait insuffisantes les excuses que Williamson avait présentées entre-temps pour ces propos, que le cardinal qualifiait de lamentables, scandaleux, révoltants, pour les juifs comme pour les catholiques. Le même jour, le cardinal Schönborn, archevêque de Vienne, déclarait avec netteté que celui qui nie la Shoah ne peut être réhabilité au sein de l’Église. Il estimait que des collaborateurs du Vatican n’y ont pas regardé de très près et ne se sont pas suffisamment informés sur la personnalité de Richard Williamson, ce que le cardinal Walter Kasper avait également déclaré la veille. Christoph Schönborn a par ailleurs salué la déclaration faite le 28 janvier par Benoît XVI, condamnant fermement le négationnisme et exprimant sa solidarité au peuple juif.
Ces réactions, et beaucoup d’autres, montrent que les décennies de dialogue judéo-chrétien ont tissé des liens d’estime si profonds qu’ils rendent impensable un retour à l’enseignement du mépris à l’égard des juifs. Le discours de l’antijudaïsme et, a fortiori, de l’antisémitisme, n’est plus recevable dans l’Église. Cela ne signifie pas pour autant que tout soit gagné.
Le cardinal Lehmann, dans son communiqué du 3 février, déplorait qu’il subsiste au sein de l’Église un relativement grand sédiment d’antisémitisme et de xénophobie. Il reste du travail pour faire disparaître tous ces sédiments, mais la preuve est faite que la grande majorité des catholiques et, en tout cas, des responsables d’Église, s’y emploient avec détermination. Sur le fond d’une actualité apportant son lot d’inquiétudes, voilà une occasion de se réjouir à ne pas manquer !
Le Collectif Dialogue & Partage est composé de membres juifs et non juifs, dont des chrétiens. Ensemble, ils luttent contre l’antisémitisme et le rejet de l’autre. Avec les armes qui sont les leurs, les idées, le dialogue avec nos compatriotes d’origine arabo-musulmane et l’organisation d’activités culturelles, ils tentent d’apporter le sens des nuances aux débats publics. Dans le respect des valeurs qui forment le socle du bien-vivre ensemble dans notre pays.